Projet Anastasis, Jacques VandrouxJe viens de terminer un autre roman de Jacques Vandroux, Projet Anastasis, qui vient d’être réédité chez Robert Laffont en format eBook (version que j’ai lue grâce à Netgalley) avant d’être disponible en papier début juin. Je ne savais pas quel était mon préféré entre Les Pierres couchées et Au cœur du solstice. Je tranche à présent : c’est Projet Anastasis que je préfère. Je conseille très volontiers cette lecture, mais peut-être davantage Les Pierres couchées suivi de Projet Anastasis car des personnages principaux des Pierres couchées apparaissent comme personnages secondaires de ce dernier roman. Il n’est pas indispensable d’avoir lu l’un pour lire l’autre, mais autant s’offrir le plaisir de retrouver des noms connus…

Projet Anastasis oscille entre polar, roman d’aventures, thriller avec un zeste de science fiction. Pas de surnaturel, de dialogue avec des esprits dans cet opus, mais du clonage humain au service de ce « projet anastasis », renaissance d’une « race pure » selon l’idéologie nazie. Tout commence par la disparition d’un enfant après un attentat meurtrier à Notre-Dame de Paris, une enquête qui n’aboutit à rien et l’angoisse d’une mère. Pour retrouver son fils, cette femme fait appel à Jean Legarec, qui dirige une société qui facilite les transactions d’entreprises grâce aux renseignements qu’elle collecte et aux nombreuses collaborations qu’elle a mises en place à travers le monde. Avant de fonder cette entreprise avec un ami, Jean était dans l’armée et garde de ces années un instinct de survie appréciable quand il se met à dos le nouveau premier ministre et un très riche et très puissant Américain admirateur du IIIe Reich. Car l’enfant disparu est un fil qui conduit à une vaste machination avec comme points d’ancrage l’Alsace, Paris, Malte, et une imprégnation dans le temps, avec des résurgences d’un passé douloureux. Le dénouement est incertain jusqu’à une vingtaine de pages de la fin. Heureusement, les hommes formés pour tuer peuvent voir naître en eux une once d’humanité…

Projet Anastasis est d’une grande efficacité, le rythme est soutenu jusqu’au bout, les récits du passé fournissent de nouveaux ressorts à l’intrigue – comme cela a pu être le cas dans d’autres romans de l’auteur. Le récit du grand-père de Béa fait partie de mes passages préférés, sans doute parce que j’aime les trames historiques.

J’apporte un bémol à mon enthousiasme en signalant que le personnage de Jean est par moment trop parfait : il sait toujours comment se comporter avec son interlocuteur, et cette mention de la connaissance de la psychologie humaine et de ses nombreux types (ceux qui jaugent du regard, ceux qui ont besoin de partager du silence, etc.) est un peu irritante. Il est parfait en somme, ce héros, si bien qu’on accueille avec plaisir un brin d’autodérision lorsqu’il donne comme pseudonyme Bond – sans aller jusqu’à porter le prénom James. Il a bien sûr une faille, comme tous les héros, de sorte qu’on aimerait qu’il sorte un peu de cet archétype. Mais à part ça, j’ai tout aimé. Y compris les descriptions de lieux : elles ne sont pas excessivement détaillées, n’empiètent pas sur l’action, mais sont précises et intéressantes.

Je dois avoir encore deux titres peut-être à lire de cet auteur, je le ferai avec plaisir dans quelques temps – n’oublions pas que le tome 2 de Haut-Royaume m’attend et que Pierre Pevel est aussi une des grandes découvertes du moment.

Projet Anastasis, Jacques Vandroux, éd. Robert Laffont, eBook 3,99€, livre broché à paraître le 8 juin, 20€