Être mère de Patricia MénissierÊtre mère, XVIIIe-XXIe siècle (ce qui signifie du XVIIIe siècle au XXIe siècle et non au XVIIIe et au XXIe siècle – je le précise car lorsque j’ai voulu constituer une anthologie, en précisant la durée de cette manière qui me semblait conventionnelle, je me suis rendu compte que ce n’était pas clair pour tout le monde) de Patricia Ménissier est un livre fort documenté et solidement structuré.

Il s’agit d’un travail de recherche sur ce qu’est une mère, d’après les définitions de dictionnaires (et leur évolution), d’après des œuvres littéraires (quelle vision nous donne-t-on des mères ? quelles visions les mères elles-mêmes donnent-elles de ce « rôle » à travers leurs propres textes ?), d’après des œuvres picturales, d’après des lettres et témoignages (œuvres écrites non fictionnelles), d’après aussi les textes de loi, des statistiques, des opinions émises dans des journaux ou dans des documents officiels… Il n’y a pas un visage unique de la mère, la définition évolue et la mère actuelle est protéiforme.

Cet essai est dense, foisonnant, il s’appuie sur de nombreuses sources, les extraits littéraires sont analysés (même d’un point de vue stylistique), le déroulement est clair et sans anicroches. C’est à mon avis un excellent travail de recherche et de synthèse.

La première partie sur les mères de fiction m’a particulièrement intéressée (pp. 17-66) notamment par la variété des œuvres mentionnées qui ouvrent un large panorama sur la question. Il est suivi par deux chapitres qui sortent de la fiction : « Identité de femme, identité de mère » (pp. 67-114) et « Être mère dans la société : une donnée à géométrie variable » (pp. 115-177) qui posent les questions de l’équilibre entre l’être femme et l’enfantement (qu’il s’agisse une contrainte de la société, choisi, refusé, assumé avec plus ou moins de bonheur,…), qui font intervenir différentes visions du féminisme,… Les textes de lois (sur le congé maternité et l’indemnisation des mères, sur les allocations données aux « filles-mères », etc.) m’ont moins intéressée, je dois bien le dire, mais la perspective historique est la bienvenue. L’actuel engouement pour les portraits de « mères indignes » trouve écho dans la production livresque du moment, je ne peux que le remarquer à la suite de Patricia Ménissier, car j’ai été interpellée par de récents ouvrages sur la question.

Après la conclusion vient une bibliographie importante puis un glossaire. Je vous laisse la définition du dernier mot de ce glossaire en guise d’extrait :

Tours : Tourniquets, mis en place par Saint Vincent de Paul, placés le long des murs des hôpitaux pour permettre de déposer de manière anonymes des nouveau-nés.

Être mère, XVIIIe-XXIe siècle, Patricia Ménissier, CNRS éditions, 20€