L'Ombre de RaphaëlL’Ombre de Raphaël a été réédité aux éditions Numeriklivres, après avoir été édité aux éditions La Bourdonnaye. Il s’agit d’un polar avec quelques personnages-phare : le commissaire Guillobert, son second Dumoulin, Jean un journaliste, Louise, sa mère, prostituée. Certains personnages hors du commun les aident dans leurs recherches et enquêtes : un hacker exceptionnellement doué, un érudit… Ce qui me gêne dans ces personnages, c’est qu’il faut nécessairement qu’ils aient des traits très caractéristiques, une maladie particulière (comme pour Guillobert), des capacités hors normes (mémoriser absolument tout), un handicap physique (nanisme). J’ai eu parfois l’impression que les personnages faisaient ainsi de la surenchère. Quant à ceux qui n’ont pas de particularité phénoménale, il faut qu’ils se dédoublent : Jean avait un frère jumeau, et à la fin du livre, on croise deux frères également jumeaux monozygotes impossibles à différencier l’un de l’autre.

L’Ombre de Raphaël débute par la mort de la femme d’un ministre dans la rue. Le tueur se fait lui-même tuer, fin de l’histoire ? Non, car lui-même devait mourir et qu’un commanditaire est derrière tout cela. Comme si cela ne suffisait pas, des lettres préviennent, sous forme de codes, de la mort de certaines personnes qui ne semblent avoir aucun rapport entre elles. Ajoutons un manuscrit disparu, des réminiscences de 1980, Jean qui découvre qui était son père biologique et, par la même occasion, qui apprend que son frère n’est pas mort de manière qu’il croyait. Cela fait beaucoup de directions, et pourtant, tout se recoupe ou presque. La fin reste ouverte : Jean doit fuir avec le fameux manuscrit…

Les motivations du tueur sont assez embrouillées, on ne comprend pas vraiment pourquoi il s’acharne sur certains personnages et je ne suis au final que moyennement satisfaite des explications fournies. Le tueur a sa logique, soit…

Il me semble que les personnages pourraient parler de manière plus différenciée. Combien sont-ils à user de citations, par exemple ? La citation d’un auteur, d’un personnage historique, est une constante dans les conversations. Cela a un côté assez artificiel. Qu’un personnage cultive cette lubie, pourquoi pas, mais que plusieurs aient recours à ce modus operandi, c’est plutôt étrange. Les personnages de manière générale ont du répondant, beaucoup de verve. Cela peut faire sourire. Parfois les digressions me semblent trop longues, trop fréquentes aussi.

J’ai souvent apprécié les comparaisons et métaphores. Celles-ci sont nombreuses dans le texte et souvent originales. Un exemple :

Elle était aussi délavée que la peinture écaillée de ses murs. La vie s’était chargée d’elle à la manière dont un marteau-pilon défonçait un bloc de béton. (p. 60/332)

Dans l’ensemble, je ne peux pas dire que j’ai beaucoup aimé ce roman. Il n’est pas mauvais, mais mon impression est mitigée.

L’Ombre de Raphaël, Germain Paris, éd. Numeriklivres, 19€ le format papier, 7,99€ l’eBook