La Fille à la voiture rouge de Philippe VilainPremière œuvre romanesque de Philippe Vilain que je lis (je vous renvoie par contre vers un essai dont j’ai parlé précédemment), La Fille à la voiture rouge m’a énormément plu.

Il s’agit d’un roman de la « rentrée littéraire » des éditions Grasset. Je ne suis pas familière des titres des « rentrées littéraires ». Je crois bien n’en lire jamais. C’est une exception que je fais car je souhaitais voir ce qu’était un texte de Philippe Vilain romancier, surtout après avoir lu La Littérature sans idéal.

La Fille à la voiture rouge relate la rencontre d’un homme, le narrateur, écrivain réservé (personnage qui est un double de l’auteur) et d’une jeune femme, étudiante brillante et volubile (j’ouvre une parenthèse : le personnage m’a fréquemment agacée avec son langage SMS, etc. Comment ça, elle, brillante, parlant je ne sais plus combien de langues, étudiant Romain Gary pour son master de lettres ? Cela sonnait faux de mon point de vue – mais effectivement, elle paraissait jeune, ou plutôt immature. Lorsque l’on avance dans le roman, on comprend qu’il a effectivement quelque chose de faux dans le personnage, mais je n’en dis pas plus pour ne pas effeuiller l’histoire), de la description d’un amour, avec son crescendo, son decrescendo, le jouir de l’instant et l’expectative ou la nostalgie.

Ce souvenir simple d’Emma Parker archive d’autres souvenirs d’elle, mais il archive en même temps le souvenir des autres femmes connues avant elle, dont les paroles se diluent dans le flux des histoires, dont les visages se perdent dans le nombre et les corps gisent dans le grand charnier des amours, quand bien même je ne me souviens d’Emma Parker avant tant d’émotion, que parce que sa vie était menacée, parce que ces moments, que je photographiais en moi, gravés dans le marbre de l’inquiétude, j’en avais déjà la nostalgie, je les voyais comme des souvenirs avant qu’ils n’en soient, parce que ces moments de fête, cramponnés à leur éternité fragile, n’étaient plus seulement du mémorable, mais de l’inoubliable.

(p. 46/198)

L’amour est disséqué finement, fouillé, analysé : les doutes, la jalousie, l’idée que l’on se fait de l’autre et de sa relation à l’autre, l’idée que l’on se fait ce que l’autre pense, de la façon dont il aime,… Il s’agit aussi d’un questionnement et d’un jeu autour du mensonge et de la fiction.

Philippe Vilain utilise souvent des phrases calibrées, avec un mouvement de balancier. Ces phrases au rythme binaire pourraient être une marque de fabrique, une marque de son style ? Pour le savoir, il faudrait que je lise d’autres textes de l’auteur. Ce que je pense faire par ailleurs : plusieurs titres antérieurs sont mentionnés, en écho, dans ce roman, et je serais tentée de les découvrir.

Un exemple, p. 68/198 :

Emma était condamnée, mais j’étais condamné à Emma.

Un autre, p. 109/198 :

je n’aurais pu romancer mes amours, mais l’amour m’aurait romancé.

On relève, aussi, avec un certain sens de la formule, p. 52/198 :

D’une certaine manière, ce drame faussait la vision que j’avais d’Emma ; il ne me faisait pas voir une jeune fille en elle, mais une fille qui allait mourir jeune.

La Fille à la voiture rouge est un roman relativement court (198 pages sur ma liseuse, 252 pour le format papier d’après le site de la maison d’édition) qui semble onduler au gré des sentiments et de l’humeur de Philippe Vilain (personnage et narrateur) et d’Emma Parker (quelle que soit son identité). Il a une structure nette (deux parties), mais l’ascension vers l’acmé de l’amour n’est pas uniforme, de même la pente descendante présente des aspérités, des soubresauts.

C’est un beau et à mon avis très bon roman dont je recommande la lecture.

La Fille à la voiture rouge, Philippe Vilain, éd. Grasset, 19€ le livre broché, existe aussi en format numérique, en librairie le 23 août 2017