La Servante écarlateJ’ai trouvé ce livre dans une librairie, il y a quelques jours. J’en avais entendu parler ici ou là. Je me suis dit « pourquoi pas ». Voilà comment La Servante écarlate de Margaret Atwood s’est trouvé entre mes mains. Je l’ai commencé hier, fini aujourd’hui.

Cinq cents pages qui se lisent vite : rien n’est difficile, les phrases sont simples, courtes.

Les journées se ressemblent, les actes sont monotones (effet accentué par la prose elle-même), les souvenirs étoffent le récit, permettent au lecteur d’élargir sa vision et compréhension du monde qui nous est présenté.

Elle s’appelle Defred depuis qu’elle appartient au Commandant Fred. « De » est pour l’appartenance. Elle est une servante habillée de rouge, une poule pondeuse pour résumer la situation : seul son bas-ventre a de l’intérêt, car elle est fertile, ce que n’est pas l’Épouse (à moins que ce ne soit le Commandant lui-même, mais personne ne se risquerait de penser qu’un homme puisse être stérile). Chaque mois, la tête sur le ventre de l’Épouse, coincée entre ses jambes, elle subit donc les assauts de l’homme qui doit l’ensemencer.

Dans cette dictature qui n’a pas de visage mais des Yeux qui surveillent tout, les femmes sont épouses et mères, à la maison, ou travaillent à la bonne marche d’un foyer, comme servantes. Les habits jugés décadents sont proscrits, la religion obligatoire, la lecture interdite. Les souvenirs maintiennent en vie autant que la suppression de tout objet tranchant. Le suicide est une porte de sortie qu’on refuse à ces « servantes écarlates ».

La Servante écarlate est écrit à la première personne. Il s’agit d’une sorte de journal intime, mais écrit après les événements. L’épilogue correspond à une période plus tardive, où des historiens qui ont découvert le document sous forme de cassettes dont ils ont retranscrit les paroles sur papier, le livre même que l’on tient entre les mains… On imagine ainsi, après la fin abrupte du récit, qu’il y a une suite optimiste, même si la fin n’est peut-être pas heureuse pour la narratrice puisqu’on ignore ce qu’elle est devenue.

C’est un roman assez flippant. Une « dystopie » selon le terme consacré, sorte d’utopie négative, de récit futuriste où les êtres humains sont asservis. Une prise de pouvoir, des libertés de plus en plus restreintes, l’installation de la peur avec des châtiments, des procès hâtifs, des exécutions, et une organisation sociale complexe mise en place, ritualisée, jusqu’aux salutations. Un mode opératoire pour instaurer durablement une dictature.

Defred n’est pas une héroïne, elle se laisse porter par les événements, ne se rebelle pas. Comment le pourrait-elle ? Lorsqu’on lui glisse un code pour reconnaître des personnes qui font partie d’une confrérie qui se tapit dans l’ombre pour agir ou du moins savoir, elle ne s’engage pas outre mesure, ne fouine pas. Elle glane seulement pour son propre compte ce qu’elle peut comme privilèges : de la crème pour les mains, le droit de lire quelques pages, une cigarette… Ce maillon inactif de cette chaîne de solidarité est pourtant désigné pour être sauvé, à moins que ce ne soit un leurre et qu’elle ne soit condamnée.

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce roman. Sa trop grande simplicité d’écriture ne me plaît pas outre mesure. Mais il dégage une certaine force, un attrait morbide. Il a un petit quelque chose de dérangeant qui accapare l’esprit.

La Servante écarlate, Margaret Atwood, trad. de l’anglais (canadien) par Sylviane Rue, éd. Robert Laffont, coll. Pavillons poche, 11,50€