Je suis à l'est !Il existe beaucoup de livres sur l’autisme, mais quels sont ceux qui ont été écrits par un autiste ? Assez peu apparemment. Je vous parlerai dans quelque temps de Sais-tu pourquoi je saute, qui en fait partie… Josef Schovanec, quant à lui, a publié plusieurs livres sur le sujet, dont ce Je suis à l’est ! que je viens de finir.

La première fois que j’ai entendu parler de J. Schovanec (le personnage semble assez médiatique, mais comme je n’ai pas de télévision, je ne le connaissais pas du tout), c’était par un lien vers une vidéo, donné par l’orthophoniste de mon fils cadet. J’en ai regardé quelques autres, notamment lorsqu’il présentait un livre, Éloge du voyage à l’usage des autistes et de ceux qui ne le sont pas assez dont le titre me plaît assez. Certaines vidéos présentent des propos récurrents, dont j’ai trouvé trace d’ailleurs dans Je suis à l’est ! Par exemple : la difficulté d’une conversation téléphonique. Il faut laisser entendre à son interlocuteur qu’on l’écoute en faisant de petits bruits de temps à autre, en manifestant son approbation d’un « mmh »… C’est implicite, tout le monde le fait sans quasiment s’en rendre compte. Or, pour l’auteur, c’est quelque chose de compliqué : il raconte qu’il peut regarder sa montre pour savoir à quel moment il doit se manifester sans que cela paraisse trop ni trop peu.

Ce qui est super, avec Je suis à l’est !, c’est que l’on se rend compte que ses propres anomalies de fonctionnement ne sont pas pires que celles d’autrui – ou en tout cas celles de l’auteur. Je pense par exemple à mes propres difficultés de sociabilisation – voire mon refus de faire un effort pour me comporter « normalement » car c’est particulièrement pénible pour moi. L’auteur, dans ce livre, expose ses difficultés et les stratagèmes qu’il met en place pour éviter tel ou tel problème ou faire en sorte qu’il se résolve de lui-même. C’est assez amusant de voir par quoi il peut passer. On sourit d’ailleurs beaucoup en lisant ce livre. Et on ne se sent pas seul avec ses propres bizarreries.

A la fois texte autobiographique et texte de réflexion sur les comportements humains (les siens, ceux d’autrui), Je suis à l’est ! montre qu’un autiste (ou plutôt « personne avec autisme » selon la terminologie que préfère J. Schovanec) n’est pas rigide, qu’il peut être au contraire très souple, et que c’est parfois les personnes dites « normales » qui font preuve d’une trop grande rigidité. Il y a plusieurs exemples de ce type et cela pousse à réfléchir – et souvent à acquiescer aux propos de l’auteur. Pourquoi certains comportements sont-ils jugés inadaptés tandis que d’autres ne le sont pas ? Pourtant, si l’on change de pays, de culture, ce peut être l’inverse. Rien n’est stable et ce qui peut sembler étrange à un point du globe ne l’est pas ailleurs.

Josef Schovanec émet certaines critiques à l’encontre de grandes écoles (il évoque sciences-po notamment), de la « grande cause nationale » qu’a été l’autisme où il n’a guère été question de préoccupations réelles comme le logement, à l’encontre d’associations et de guerres de clochers… Le texte a un accent de franchise salutaire. Alors bien sûr, toute franchise n’est pas tolérable. L’auteur l’a appris à ses dépens et nous raconte quelques anecdotes à ce propos, qui égaillent le texte. C’est un véritable problème de savoir comment gérer la franchise sans blesser autrui notamment…

Un lecture réjouissante. Il est prévu que je lise d’autres livres de l’auteur.

Je suis à l’Est !, Josef Schovanec, éd. complétée en format de poche chez Pocket