La Sanction Premier volet (le deuxième s’intitule L’Expert et je compte bien le lire) mettant en scène le personnage de Jonathan Hemlock, La Sanction est un roman de Trevanian dont j’avais adoré Shibumi. C’est le deuxième roman de l’auteur que je lis. J’ai préféré Shibumi mais ai tout de même grandement apprécié La Sanction.

Nicoleï et Jonathan se ressemblent, ce sont des tueurs qui aiment les vieilles pierres… Jonathan est cependant plus antipathique. Professeur d’art, collectionneur d’œuvres picturales arrivées illégalement dans la crypte de son église-maison, il travaille occasionnellement pour la CII, quand il manque d’argent. Sa spécialité ? La sanction, autrement dit l’assassinat d’un homme ayant lui-même assassiné un agent. Il n’agit qu’en représailles. Pour la CII, mais aussi pour son propre compte car il a un sens de l’amitié particulièrement poussé : il ne tolère aucune déloyauté. Obligé d’accepter une mission, il s’enrôle dans une expédition qui doit le conduire au sommet de l’Eiger. Jonathan est en effet aussi alpiniste, ou l’a été, car il est un peu rouillé et doit se remettre en forme, grâce à l’entraînement prodigué par son ami Ben. Un de ses compagnons d’alpinisme – mais lequel ? il l’ignore – est l’homme qu’il doit abattre, de préférence avant d’escalader l’Eiger, cette traîtresse de montagne, meurtrière plus souvent qu’à son tour, qu’il a dû renoncer à escalader à deux reprises. Cependant, plus que cet assassinat, la véritable épreuve est la montagne elle-même.

Un personnage cynique, désabusé – et désabusant si je peux dire -, dépourvu d’émotions, qui énonce les faits tels qu’il les pense, sans fioritures, sans chercher à atténuer l’effet produit sur autrui. J’ai adoré Hemlock dans ce roman (mais n’aimerais pas croiser son semblable hors de la fiction). On comprend assez vite qui est l’homme à tuer (ou du moins, je l’ai perçu assez rapidement), mais cela n’ôte rien au charme de l’histoire. Les personnages sont comiquement caricaturaux, affublés de traits distinctifs assez grotesques (Dragon qui dirige l’antenne de la CII est albinos et doit vivre dans l’obscurité, hors de tout microbe, Mellough, homosexuel, a un chien nommé Pédale), c’est outrancier, mais toute outrance permet d’établir un contraste plus vif avec le comportement d’Hemlock, flegmatique.

Ce roman a fait l’objet d’un film. Je pensais le regarder après avoir lu le livre, mais la bande annonce m’en a dissuadé. Au final, le film ne semble retenir que les aventures menées, sans la substance… sans l’écriture (c’est bête à dire !), car c’est au fond le style de l’auteur que j’ai aimé. Je pense que je n’arriverais pas à regarder le film, il m’ennuierait.

La Sanction, Trevanian, éd. Gallmeister, 23,10€, réédité en format de poche