Minuit, MontmartreJ’avais lu en 2016 Frère des astres de Julien Delmaire. Les éditions Grasset m’ont proposé il y a quelques jours de lire le dernier roman de cet auteur, Minuit, Montmartre. Un peintre, un modèle, dans le Montmartre du début du XXe siècle, voilà qui me semblait prometteur. J’ai donc accepté avec joie cette proposition.

Je retrouve dans ce livre l’écriture poétique de Julien Delmaire. Une écriture souvent imagée, mais précise quand il le faut. Le roman est composé de quatre parties. La première se conclut lorsque Masseïda l’Africaine qui a erré dans Montmartre trouve refuge chez Steinlen, caricaturiste, dessinateur au fusain et peintre aussi… un peintre qui a oublié la couleur et qui va y reprendre goût au contact de son modèle. La quatrième partie ne comprend que peu de pages, il s’agit d’une conclusion à l’ensemble : les chats omniprésents dans le récit survivent aux chamboulements, à l’histoire de Montmartre, ville à part qui est en voie d’uniformisation tandis que Masseïda conserve la mémoire de ce passé récent et l’héritage de Steinlen.

A travers la rencontre et la relation complice de Steinlen – auteur de la célèbre affiche du Chat noir – et de la belle Masseïda se joue l’histoire de Montmartre. Son passé récent de la Commune et les fantômes de ceux qui sont morts et hantent les mémoires, ses petits métiers, sa vie de bohème, ses prostituées, ses rues faiblement éclairées – l’électricité n’a pas encore atteint l’éclairage public de la Butte, la déclaration de guerre et le patriotisme éclatant – au désespoir de Steinlen et de ses amis qui veulent montrer la crudité de la guerre, ses alcools – l’absinthe notamment, la vie dure et misérable…

On épouse aussi bien le point de vue de Steinlen, de Masseïda, du préfet amateur de musique – de java surtout, son plaisir caché -, que du chat Vaillant qui assure un lien entre les uns et les autres. On voit ainsi plusieurs facettes de Montmartre, qui est somme toute le « personnage » principal de ce roman.

Minuit, Montmartre, Julien Delmaire, éd. Grasset, 18€ (existe aussi en format numérique)