La Dame du manoir de Wildfell HallDeuxième roman d’Anne Brontë que je lis, après Agnès Grey, La Dame du manoir de Wildfell Hall a été proposé comme lecture commune du « book club » de Livraddict pour le thème « féminisme ». J’avais voté pour ce titre, mais c’est La Servante écarlate de Margaret Atwood qui a été choisi par le plus grand nombre. Or, j’ai déjà lu ce roman. Je ne sais pas si je participerai au « book club » à son sujet, mais je participerai aux discussions qui auront lieu suite à la lecture commune de La Dame du manoir de Wildfell Hall lancée à la suite du sondage, vu que plusieurs personnes souhaitaient le lire.

La Dame du manoir de Wildfell Hall porte aussi comme titre français La Recluse de Wildfell Hall. Tout dépend de la traduction. Je garde le premier titre car c’est celui donné par les éditions Archipoche.

Commençons par dire deux mots du thème du féminisme. Mrs Graham, lors d’une vive discussion avec le narrateur, défend une égalité de traitement entre fille et garçon dans leur éducation. Elle soutient que les filles n’ont pas moins de vertu, que les garçons ne devraient pas subir tant de tentations et qu’il convient de les élever en les dégoûtant de l’alcool notamment, à l’instar de l’éducation que l’on donne généralement aux filles. Mis à part ce dialogue, le « féminisme » est quand même peu marqué. Une femme subit son époux, quel qu’il se révèle, aussi mauvais et dissipé qu’il devienne, avec abnégation, courage, dévotion. Certes, elle peut ressentir le devoir d’essayer de l’amender, de lui faire entendre raison. On voit deux amies et leurs époux, les différences de conduite de l’une et de l’autre et ce qui en résulte. Quand la timorée, trop douce, explique enfin à son époux que sa conduite lui est difficilement supportable, celui-ci change alors pour le mieux. On peut donc supposer que la femme, parfois, peut exercer une influence bénéfique sur son mari. Et puis enfin, on peut soutenir qu’une femme que l’on insulte, déshonore, à qui l’on fait du tort, ainsi qu’à son enfant, puisse s’enfuir sans que la foudre ne s’abatte sur elle, à condition que son comportement reste irréprochable par ailleurs. Mais même ainsi, il y a toujours des personnes pour critiquer cet essai de sauvegarde.

Dans l’ensemble, le roman n’est pas désagréable, certaines passages peuvent même être agréables. Il est cependant assez étiré, trop parfois et surtout présente à mon avis un défaut de composition. Cela commence par une lettre courte du narrateur à un ami, c’est suivi d’une confidence plus longue… l’ensemble du roman en somme et l’on voit mal comment on s’accommode alors d’une lettre. Le récit du narrateur est entrecoupé par la lecture – donnée en intégralité ou presque dit-il – du journal intime de Mrs Graham. Et c’est particulièrement long. Bref, la composition est plutôt mal pensée.

Le roman dépeint avec sensibilité les tourments de la « dame du manoir » et ses grandes qualités, sa piété. A plusieurs reprises, on la qualifie d’ange. Elle est en effet proche de la perfection. Le narrateur, quant à lui, ne se présente pas toujours sous un bon jour, il peut être emporté, violent, injuste. Et pourtant, il est un modèle de vertu en comparaison de certains autres individus de la gent masculine. Il ne faut cependant pas croire que la fourberie et le vice ne sont que l’apanage des hommes, puisque certaines femmes sont également condamnables dans ce roman, malveillantes, cruelles, écervelées, etc. L’humanité entière n’a ainsi qu’assez peu de représentants que l’on aimerait côtoyer… Mais le roman ne finit pas mal (j’ai pensé qu’il pourrait en être ainsi, dans un ultime élan de misanthropie) et les dernières pages sont l’expression d’un bonheur dû au respect et à un amour mutuels. Il était temps !

La Dame du manoir de Wildfell Hall, Anne Brontë, éd. Archipoche, 6,60€