En guise de billet d’humeur pour ce mois de janvier, je ne vais pas vous raconter quelque chose de joyeux.

Hier, j’ai discuté avec la mère d’un jeune d’une vingtaine d’années qui pratique le même sport (en sport adapté, c’est à dire destiné aux personnes ayant une déficience mentale, des troubles de comportement, de l’autisme,…) que mon fils cadet. En décembre, j’ai parlé avec la mère d’une femme d’une trentaine d’années qui pratique la musique dans la même structure que mon fils. Ces mères, déjà âgées, m’ont fait penser que je serai à leur place dans dix ou vingt ans. A encore accompagner mon enfant alors adulte à telle ou telle activité. Un peu fatiguée, mais comment faire autrement ?

Le jeune adulte, l’adulte qu’il sera devenu, sera-t-il comme ces deux mères m’ont dit de leur fils, de leur fille, en situation de dépression ? Ayant fait une tentative de suicide ? Consommant des médicaments prescrits par un psychiatre ?

Pourquoi ces dépressions ? Toutes les deux m’ont dit à peu près la même chose : elle ou il se rend compte qu’elle ou il ne vit pas comme les autres, alors qu’elle ou il aurait aimé avoir une vie normale, des amis, un ou une petite amie, un travail pour la personne qui ne travaille pas, etc. Elle ou il voit tout ce qui échoue au final dans leur vie.

Jusqu’à vingt ans, on sait à peu près ce que va faire notre fils. Au-delà, c’est flou. Pourra-t-il travailler en ESAT ? Ou pas, c’est à dire sera-t-il dans une structure d’accueil de jour où on lui fera faire telle ou telle activité ? Sera-t-il heureux ? Comprendra-t-il que sa vie ne ressemblera pas à celle des jeunes adultes de son âge ? En souffrira-t-il ? On s’inquiète toujours pour ses enfants, quels qu’ils soient, mais dans ce cas de figure particulier, c’est plus douloureux. Et je ne parle même pas de l’angoisse de notre vieillesse, quand nous ne pourrons plus nous occuper de notre fils, pire quand nous serons morts. Qui prendra le relais ? Peut-on imposer cela à son frère et à sa sœur ?

Un tel billet, ça vous plombe la journée, n’est-ce pas ? Cela dit, il y a toujours pire ailleurs, il y a tellement de cas bien plus problématiques que notre situation, et très franchement, jusqu’à présent, on s’en sort plutôt bien – tout ça pour dire que je ne suis pas spécialement pessimiste, les choses à affronter doivent être dites, elles sont comme elles sont, on ne peut pas se voiler la face, mais on peut peut-être les surmonter.