ElliotElliot est un roman jeunesse que mon fils aîné a lu en cours de français. Comme il a un travail à faire autour de ce livre et qu’il semble ne pas avoir tout compris, je viens de lire à mon tour ce roman. Je pourrai ainsi vérifier le travail effectué…

C’est très rapide à lire (pas pour lui qui a mis énormément de temps pour le faire) puisque j’ai commencé hier et n’y ai consacré que peu de temps. Je l’ai lu au départ à contrecœur, car le thème du harcèlement scolaire ne m’intéressait pas, mais je dois dire que le roman est bien supérieur à ce que j’avais imaginé. L’histoire est bien pensée et offre des pistes de réflexion intéressantes, pas seulement sur le harcèlement, mais sur sa personnalité (la révéler ? la cacher ? refouler ses émotions ? porter un masque d’indifférence ? des masques différents en fonction des interactions ?), sur la socialisation, sur le pouvoir (et la tyrannie), sur les relations familiales…

Elliot est un jeune élève persécuté par ses pairs. Sa mère souhaite un nouveau départ, si bien que la famille déménage. Ce nouveau départ devrait aussi concerner le père, qui, autrefois plein d’allant, est dépressif depuis qu’il a subi une agression. Il est absent au monde et plus particulièrement à sa famille. La mère gère le quotidien, enchaîne les heures de travail et laisse ainsi Elliot grandir seul et s’adapter à un nouvel environnement et à ses règles (tacites ou non). Elliot semble ne pas mal s’en sortir : il compose un personnage impassible, qui ne se démarque des autres que pour de bonnes raisons afin de ne pas être pris à parti. Mais il est remarqué par les Gardiens. Ce sont les grands décideurs du lycée, ceux qui, dans l’ombre, terrorisent les élèves, ceux qui en haut de la hiérarchie, décident qui mérite une sanction. Le harcèlement est institutionnalisé. Remarqué… du bon côté, si l’on peut dire qu’il y a un bon côté de la persécution. Il pourrait devenir l’un des leurs. Il suffit de porter ce masque, de refouler la peur, de ne pas ciller… Elliot en est-il capable ? Est-il réellement comme eux ? Vont-ils le « révéler » puisque selon la théorie de leur mentor, chacun a une place prédéfinie et ceux qui se font persécuter ne sont qu’en attente de leur persécution. Ce mentor s’appuie sur le roman 1984 d’Orwell, mais c’est une lecture bien différente qu’en fait Louise, la jeune fille dont Elliot tombe amoureux. Pour Louise, 1984 est l’histoire d’un homme qui choisit d’être libre. Il n’en réchappe pas, on est obligé de l’anéantir, mais il a gagné sa liberté. A la fin du roman, Elliot choisit à son tour de sortir de son monde de grisaille, de dénoncer les Gardiens et le système qu’ils ont mis en place. On n’en voit pas les conséquences, le roman s’interrompt devant la porte du proviseur…

Je ne comprends pas ce que mon fils n’a pas pu comprendre dans ce roman qui compte assez peu de personnages (l’imbroglio est impossible dans ce cas), qui conserve tout le long le point de vue d’Elliot (même si ce point de vue comprend des contradictions, une petite voix lui souffle certaines idées, certaines réponses, il peut choisir d’écouter cette voix ou de s’en démarquer). Le roman, de plus, me semble particulièrement adapté à un lectorat adolescent.

Elliot, Graham Gardner, éditions Flammarion, 11,50€