Il y a plusieurs semaines, j’ai participé à un swap du forum Une bouteille à la mer. Il s’agissait d’adresser un roman (choisi parmi une liste proposée par sa binôme), d’en écrire une fin alternative et d’ajouter quelques surprises.

Je devais envoyer un colis à Clauderose. Voici la photo qu’elle a faite à réception :

On y trouve des feutres pour textile, un couvre-livre en tissu que j’ai cousu et le roman Pour tout l’or du sud d’Alexandra Ripley dont j’avais trouvé la lecture entraînante, facile et agréable.

C’est Pomme qui m’a adressé un colis pour ce swap « fin alternative ». Elle m’a offert un roman de la série des enquêtes de Jane Austen écrites par Stéphanie Barron (Jane Austen et l’arlequin), une suite écrite à la main – que j’ai trouvée fort bien écrite et intéressante – dans un beau carnet, de la tisane, des biscuits, un marque-page et une jolie carte.

Comme Clauderose vient de finir la lecture du roman que je lui ai adressé et la fin alternative que j’ai écrite, je vous propose ici cette fin qui est  très condensée. Je ne voulais pas écrire un véritable chapitre, si bien que tout est brusqué… Au lieu de changer la fin du roman, j’ai préféré écrire une suite :

Échec et mat, c’était cependant vite dit…

Le bonheur conjugal de Chess et de Nathan fut sans égal quatre années durant. Lily avait mis au monde une petite fille, contrairement à ses attentes. Elle avait tant fait miroiter à Nathan la venue d’un « héritier » ! Sa déconvenue fut grande, d’autant que Nathan avait oublié son ancienne maîtresse dans les bras de celle qui était enfin devenue pleinement sa femme.

Le bébé, prénommé Helen, était fort joli. Elle devint l’objet de l’admiration de Gideon et plus encore de Mary, sa grand-mère, qui quittait sa mine austère dès que la petite paraissait à sa vue. Mary n’avait jamais autant gâté ses enfants, pas même son préféré, Gideon, autant qu’elle ne gâta cette gracieuse petite fille ! Elle oublia Nate et sa famille, ce qui ne fut pas pour déplaire à sa bru, libre de mener sa vie loin des amers reproches de cette femme acariâtre.

Les années passèrent, Gussie avait quitté l’enfance, elle était devenue une belle jeune fille au corps souple et élancé. Elle avait quitté ses manières de garçon, ses courses folles et s’adonnait à présent à des occupations de lady comme la broderie. Ses parents avaient nourri leur amitié pour George Vanderbilt d’une abondante correspondance. Riche à l’extrême, mais d’une simplicité et d’une grandeur de cœur telles qu’on ne pouvait que l’aimer, George avait, à cause d’affaires qu’il ne pouvait laisser en d’autres mains que les siennes, sans cesse repoussé l’invitation des Richardson. Enfin, sa venue fut annoncée en fin de saison estivale. C’est alors que Lily tenta de prendre sa revanche.

Elle ne se battit plus becs et ongles pour Nathan contre Chess, mais pour que sa fille cadette, Martha, emportât l’affection de George au détriment de Gussie…

Au dîner servi le jour de l’arrivée de George, Chess ne put s’empêcher de remarquer la soudaine rougeur de sa fille lorsque celle-ci portait les yeux sur leur invité. Une amourette, songea Chess. Mais Gussie était une passionnée, et quand elle aima cet homme, rien ni personne ne compta plus. Le caractère profond de cet amour surprit sa mère, mais n’avait-elle pas subitement elle aussi, bien que tardivement, aimé follement Nathan, alors même qu’elle venait de le rencontrer ? Émue à ce souvenir, elle se jura de faire tout son possible pour rapprocher ces deux êtres.

À l’office du dimanche, elle ne put cependant qu’assister à la déconvenue de Gussie lorsque George fut accaparé par Gideon et Lily, qui tenait à son bras sa fille cadette, Martha. L’aînée de Gideon avait épousé deux années plus tôt un homme d’église, à la grande satisfaction de son père. La cadette pouvait à présent envisager un mariage. Et si possible, un mariage financièrement avantageux. George Vanderbilt faisait une proie de choix pour les manigances de Lily, d’autant qu’aux éclairs que ses yeux lançaient sur Gusssie, Chess comprit que son ennemie en faisait une affaire personnelle. Chess et Lily allaient donc devoir combattre à nouveau l’une contre l’autre, chacune par l’intermédiaire de sa fille.

Chess avait un avantage : George logeait dans leur demeure. Mais Lily, avec son visage d’ange que de rares cheveux gris encadraient, ne pouvait se voir refuser une promenade après l’office. Et cette promenade finit en tête à tête entre George et Martha, qui joua parfaitement le rôle que sa mère lui avait demandé de tenir. Elle simula un évanouissement, George la porta dans ses bras pour la reconduire chez elle ; un quiproquo savamment entretenu par Lily conduisit George à paraître plus engagé qu’il ne l’était vis-à-vis de Martha… Il dut s’enquérir de sa santé le lendemain et le jour suivant, ses visites furent considérées par toutes et tous comme une cour empressée auprès de la jeune fille.

Gussie, livide, tint son rang, mais perdit tout entrain. George lui-même sembla souffrir lorsqu’il découvrit ce que l’on imaginait de lui. Comment se sortir de cette situation ? Il s’en ouvrit à Chess qui lui prodigua d’excellents conseils. Sa poigne ne l’avait pas quittée. Après les affaires de son mari, ses affaires personnelles nécessitaient son engagement. Elle avait réagi bien tard pour sauver son mariage. Elle réagirait dès à présent pour sauver leur ami George et, si ce dernier voulait bien rendre à Gussie son affection et si Dieu favorisait cette inclination, pour sauver cette union.

Mon cher George, il vous faut partir dès que possible. Prétextez une affaire urgente. Le lien que Martha a tissé est une chimère qu’un éloignement suffira à rompre. Nous vous renvoyons chez vous avec tristesse, car vous êtes un ami précieux et cher à notre cœur, et je parle autant en mon nom qu’en celui de mon époux ou celui de ma tendre Gussie qui vous vénère… Oui, ne m’interrompez pas, je sonde le cœur de ma fille et n’y vois qu’un amour profond et sincère. Partez, il le faut ! Mais revenez-nous, je vous prie, et que notre amitié demeure aussi solide que les fondations de cette maison.

Je peux faire mieux que partir, chère amie. Je peux préparer ma demeure pour vous recevoir à mon tour, avec mon excellent ami Nate… et votre si charmante fille bien entendu.

L’espoir illumina Chess. Ainsi, tout en étant conscient de l’intérêt que Gussie lui portait, George souhaitait inviter la jeune fille…

Décidément, les plans de Lily se démontaient un à un ! Après avoir semé la zizanie dans son couple et été mise hors de nuire, voilà que ses agissements pour marier sa fille Martha étaient réduits à néant, au bénéfice de Gussie. L’avenir promettait d’être radieux.